Etudier et Survivre

Pris en tenaille par une crise économique mondiale qui n’épargne aucune couche de la population et les machinations perfides des politiques qui sont parvenus à en faire une menace pour le gagne-pain du citoyen Français lambda, les étudiants étrangers de France ont vu leur situation se détériorer au cours de ces dernières années. Concilier de bons résultats scolaires avec une bonne gestion de sa vie administrative et le besoin primitif de manger à sa faim n’a jamais été aussi difficile. Les problèmes auxquels font face les étudiants étrangers sont plus que nombreux.

Les tracasseries administratives

Elles sont nombreuses et variées, c’est toujours étonnant de voir à quel point les préfectures peuvent avoir une lecture subjective et même arbitraire des textes de lois qui régissent la vie des étudiants étrangers. Un dossier de renouvellement refusé par une préfecture après deux mois de combat peut être accepté par une autre au bout de…roulement de tambours… d’une demi-journée. Les nombreuses visites des étudiants à la préfecture (Prise de rendez-vous pour le renouvellement du TDS, Dépôt de dossier pour le renouvellement du TDS, Prolongement du récépissé délivré en attendant la validation de la demande de renouvellement, récupération du TDS…) ressemblent de plus en plus à des entretiens d’embauche où il ne faut surtout pas déplaire à l’agent en face.

Les tracasseries économiques

La population estudiantine est déjà traditionnellement vulnérable d’un point de vue économique. L’étudiant souhaitant continuer ses études en France doit justifier de certaines ressources financières. Ce revenu minimum mensuel est passé de 435 Euros à 615 Euros soit une augmentation de 40% en une année. Le SMIC étant de 1121 Euros net pour 35 heures de travail par semaine en 2013, il faudrait donc travailler au moins 19 heures par semaine pour gagner ces 610 Euros. Ce montant serait donc indexé sur le SMIC sachant que le volume horaire maximum de travail permis à un étudiant est de 20 heures par semaine.

Ils semblent juste avoir oublié une petite chose dans ce calcul, les CDI ne sont pas très courants chez les étudiants. Ils sont en général pris en tant que stagiaires sachant que la loi précise que le salaire minimum pour un stage est le tiers du SMIG ce qui fait 375 Euros net soit juste 60% des 610 Euros réclamés aux étudiants étrangers.

Cette règle pourrait donc être compréhensible, sachant qu’elle est supposée permettre à l’étudiant d’avoir une certaine stabilité financière, ce qui lui permettrait de se consacrer entièrement à ses études. Elle soulève néanmoins un certain nombre de questions:

Faut-il nécessairement être financé par ses parents pour poursuivre ses études en France? Qu’en est t-il alors des étudiants avec un niveau scolaire excellent mais avec des familles pas assez riches.

Quel parent au monde ne serait pas content et fier de voir son enfant commencer à se débrouiller et à être plus ou moins indépendant financièrement une fois à l’université ? Exiger un montant de revenu mensuel et limiter le nombre d’heures de travail ne serait-il pas un frein pour la réussite des étudiants étrangers?

L’étudiant qui s’emploie à travailler pour justifier les 610 Euros de revenu mensuel ne le fait-il pas au détriment de ses études ? J’ai récemment vu un étudiant en deuxième année de prépa. dans une école voir son renouvellement de titre de séjour rejeté par la préfecture parce que ses relevés bancaires montraient des virements de 450 Euros au lieu des 610 euros requis. Cette somme lui permettait de subvenir à ses besoins dans la petite chambre d’étudiant qu’il occupait dans la ville de Châteauroux.

Les tracasseries politiques

Eh oui, c’est un paramètre à prendre en compte puisqu’il est à l’origine même des deux précédents. Les lois et règles régissant la vie des étudiants étrangers varient beaucoup en fonction des gouvernements en place. A l’approche des échéances électorales les amalgames se répandent, les injustices se multiplient et la stigmatisation se généralise. L’année 2011 en est une parfaite illustration. Pour des besoins non pas idéologiques où autres mais purement électoralistes les politiques assimilent les étrangers, tous les étrangers, à une menace. Il faut faire monter les chiffres de reconduites à la frontières à tout prix, tous les moyens sont bons pour trouver quelqu’un à expulser. Le cas du pauvre étudiant qui se fait refuser le renouvellement de son titre de séjour alors qu’il venait d’être admis au concours d’entrée à son école d’ingénieur rêvé n’intéresse personne, c’est une itération de plus dans la boucle des expulsés. Un point de plus dans les chiffres de Monsieur Guéant.

Et les études dans tout ça?

C’est la conclusion logique de mon propos. Quel est la place de l’enseignement, du savoir dans tout ce processus. Pourquoi ouvrir la porte aux étudiants étrangers si on ne peut pas leur garantir les mêmes conditions d’études que les locaux. Parce que ces tracasseries sont autant de freins à l’épanouissement scolaire de l’étudiant étranger. Comment peut on imaginer que le dilemme allez à mon rendez vous à la préfecture ou allez à mon examen puisse se poser pour un étudiant sain? Il est difficile de concilier le stress généré par ces soucis avec le stress normal généré par la difficulté des études suivies. Des destins se brisent mais aussi des caractères se forgent. Vous imaginez bien que la personne qui a choisi d’étudier à plus de 6000 kilomètres de chez lui, ne voyant sa famille que toutes les deux ou trois années, est une personne qui a conscience du mérite du travail et qui s’est préparé à affronter les épreuves de la vie. Car après tout, les épreuves font partie de la formation.

Et la France qu’est ce qu’elle y gagne:

J’ai souhaité terminer par cette note parce qu’un échange ne peut être juste que si les deux parties y trouvent leurs comptes. L’attrait et la captation du flux migratoire estudiantin est au centre des stratégies de tous les grands pays du monde. Les pays émergents se bagarrent contre les pays riches pour attirer les meilleurs profils. Les États-Unis, le Canada, l’Australie mais aussi le Japon, le Brésil et la Russie font la concurrence à la France à ce sujet. La France a récemment été reléguée à la quatrième position (très bonne position par ailleurs) des pays d’accueil des étudiants étrangers au profit de l’Australie:

– parce que l’attractivité internationale d’une université est aussi la meilleure preuve de son efficacité, de son excellence,

– parce que tous les chercheurs vous le diront, la mixité (culturelle, sociale, raciale…) est toujours un facteur positif dans l’élaboration de solutions, dans la recherche d’innovations,

-parce qu’attirer les meilleurs profils, c’est aussi les mettre au service du pays d’accueil pendant et après leurs études; et la mondialisation, c’est aussi avoir les meilleurs ressources ou bien être relégué au second plan dans le rang des nations,

– parce qu’un étudiant qui est formé en France et qui va faire ses premières années d’expérience professionnelles au Canada, c’est un investissement perdu, une perte économique et intellectuelle,

– parce que l’enseignement supérieur est le meilleur des « Soft-power »; l’étudiant formé dans un pays sera plus enclin à épouser et à diffuser les valeurs, les idées de ce pays (au détriment parfois de son pays d’origine) et qu’assurer la formation des leaders de demain ne peut être que bénéfique pour le pays formateur.